La durabilité est l’un de ces nouveaux mots à la mode, au même titre que l’intelligence artificielle (IA), les tests A/B, l’écologie, etc. Mais qu’est-ce que cela signifie d’être durable et quelle est la différence avec le greenwashing (écoblanchiment)? Et dans quelle mesure est-il réaliste d’être durable dans une scale-up manufacturière, sachant que la fabrication de quelque chose de nouveau est déjà un poids pour notre environnement ?

Chez Konligo, nous avons atteint le point de basculement entre une start-up et un scale-up. Un point très intéressant dans la vie d’une jeune entreprise car il génère des débats intéressants sur les choix que nous faisons.

Nous sommes constamment confrontés à un dilemme.

D’un côté, nous avons notre vision (un secteur événementiel zéro déchet) avec nos valeurs humanistes et de l’autre côté, nous avons la réalité économique. Deux objectifs contradictoires dans une équation pleine de paramètres délicats.

Nous pouvons opter pour une entreprise totalement durable, sans aucune émission de CO2, mais dans une start-up manufacturière, vous êtes très vite confronté à la réalité :

  • Vous produisez quelque chose et donc vous utilisez de l’énergie et des matières premières/recyclées/réutilisées.
  • Certaines matières premières et certains produits finis ne sont pas disponibles en Belgique/en Europe et doivent donc être transportés par camion/bateau (voire avion pour certaines entreprises), ce qui génère une forte émission de CO2.
  • La main-d’œuvre belge est très chère. Et la main-d’œuvre robotique n’est pas en soi durable en raison de son processus de production et de l’énergie utilisée.

D’un autre côté, nous pourrions opter pour une solution purement économique, tout en sachant que, dans ce cas, nous jetons nos principes de durabilité à la poubelle, car la main-d’œuvre et les matériaux sont bien moins chers dans des pays comme la Chine (certains de nos concurrents font venir des tentes de Chine par avion et elles restent moins chères que nos produits entièrement fabriqués en Belgique…).

Quelle est la solution idéale ?

Dans le monde des mathématiques et des optimisations, une équation avec des objectifs contradictoires n’a pas une solution optimale mais une gamme de solutions optimales, chaque solution ayant une valeur égale : alors quelle est la bonne réponse dans notre cas ?

Chez Konligo, nous avons décidé d’opter pour un mélange de solutions durables et économiques, en gardant à l’esprit que nous pouvons toujours améliorer l’empreinte carbone de nos produits, mais que nous ne pouvons pas entraver notre existence. Il ne s’agit pas d’une solution fixe, mais d’une solution variable qui est réinvestie très fréquemment pour s’assurer que nous restons fidèles à notre vision et à nos valeurs fondamentales, et que nous sommes durables dans le temps grâce à un modèle d’entreprise faisable et autosuffisant. Parce qu’au final, si le modèle économique n’est pas viable et qu’une entreprise ferme ses portes après 3 ans, même si elle avait des produits très durables, l’impact de l’entreprise serait quasiment nul.

Que faisons-nous déjà, et que pouvons-nous encore améliorer ?

Nous savons que nous n’en sommes pas encore là, mais nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour fournir un produit durable :

  • La conception de notre produit est future-proof car il peut être adapté en temps voulu grâce à son caractère modulaire et remplaçable (chaque pièce de notre produit peut être remplacée, ce qui le rend analogue au fairphone).
  • Toutes les pièces peuvent être réutilisées dans presque toutes nos structures, car nous n’avons pas conçu un produit, nous avons conçu un kit, comme un kit Meccano, adaptable pour créer différentes formes.
  • Nous fabriquons tout en Belgique, principalement dans notre atelier du Circularium (Anderlecht). Presque aucun autre fournisseur de structures temporaires ne fait cela.
  • Nos principaux fournisseurs sont des entreprises belges et l’aluminium recyclé provient de Belgique.

La conception de nos tentes, stands, DJ booth, structures pop-up et événementielles s’inscrit donc dans une démarche circulaire.

Cependant nous sommes conscients que nous devons encore nous améliorer :

  • Nos joints sont usinés par CNC, ce qui nécessite pas mal d’énergie et crée des déchets lors de la production (qui peuvent être recyclés mais demandent alors à nouveau de l’énergie).
  • La peinture est utilisée pour protéger les poutres en aluminium, ce qui leur assure une plus longue durée de vie dans le secteur de l’événementiel, cependant, il s’agit toujours de peinture.
  • Aucun des fournisseurs de membranes n’est encore en mesure de proposer des options recyclables. Pour contrer cela, nous essayons de réutiliser les anciennes membranes pour les manchons de couverture, les baches de protection, etc.
  • La matière première de nos fournisseurs de membranes provient de l’extérieur de l’Europe, principalement de Chine. Cependant, elles sont fabriquées (et imprimées) en Belgique, ce que peu de fournisseurs de tentes et de chapiteaux font encore.

Alors pourquoi n’est-ce pas du greenwashing ?

Parce que nous ne prétendons pas avoir le meilleur produit écologique au monde, mais nous faisons de notre mieux pour le rendre le plus durable possible compte tenu des circonstances et de la réalité économique. Et cette motivation ne vient pas de la tendance à la durabilité, mais du fait que cette valeur est ancrée dans nos valeurs fondamentales et qu’elle est à l’origine de Konligo. En outre, pour nous assurer que nous sommes au courant des nouvelles alternatives écologiques qui pourraient remplacer certains de nos composants, nous participons activement à différents groupes autour de l’économie circulaire et durable (nous sommes membre du conseil d’administration de Circlemade et Hospitality par exemple) afin de pouvoir tester l’innovation dans notre secteur dès que possible.

Dans quelle mesure une entreprise manufacturière est-elle durable ?

Il ne s’agit pas d’une réponse noire ou blanche. En fin de compte, pour nous, il s’agit d’un impact positif direct et indirect.

Directement parce que nous pouvons prouver que nos clients ont réduit leur empreinte carbone en choisissant notre structure plutôt qu’une autre, ce qui rend le bilan CO2 net positif. Et indirectement en inspirant d’autres entrepreneurs, nos fournisseurs et notre équipe à être plus durables et à avoir un impact positif. Nous le faisons par nos actions, notre philosophie, notre vision et surtout en mobilisant les gens autour de notre projet. Et cet effet multiplicateur a des conséquences bien plus importantes que ce que nous pouvons imaginer.